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CEJM appliqué — Responsabilité et cybercriminalité

Sommaire

Module CEJM appliqué. Ce que la loi punit, et où se situe la responsabilité du technicien et de son employeur.

1. Les infractions informatiques

La loi Godfrain de 1988, codifiée aux articles 323-1 et suivants du Code pénal, protège les systèmes de traitement automatisé de données (STAD).

ArticleInfractionPeine
323-1 Accès ou maintien frauduleux dans tout ou partie d'un STAD 3 ans, 100 000 €
5 ans et 150 000 € si suppression ou modification de données
323-2 Entraver ou fausser le fonctionnement du système 5 ans, 150 000 €
323-3 Introduire, modifier, supprimer ou extraire frauduleusement des données 5 ans, 150 000 €
323-3-1 Détenir, offrir ou diffuser un moyen conçu pour commettre ces infractions Peine de l'infraction préparée
323-4 Participation à un groupement en vue de commettre ces infractions Peine la plus sévère encourue

Les peines sont aggravées lorsque l'infraction vise un STAD de l'État ou est commise en bande organisée. Les personnes morales encourent une amende quintuplée et des peines complémentaires.

2. Constituer l'infraction

Deux points de jurisprudence à connaître, parce qu'ils tombent régulièrement :

Conséquence directe pour toi : un test d'intrusion, un scan de ports, un brute-force ou l'usage de sqlmap sur un système dont tu n'as pas la responsabilité constitue un délit, quelle que soit ton intention. La seule protection est une autorisation écrite et préalable du responsable du système, délimitant précisément le périmètre et la période. C'est ce qui distingue un audit d'une intrusion.

Depuis la loi de 2016, l'article 323-1 alinéa 4 protège le lanceur d'alerte : la personne qui signale de bonne foi une vulnérabilité à l'ANSSI n'est pas poursuivie, à condition de ne pas avoir exploité la faille ni divulgué les données.

3. Autres infractions

InfractionTexteExemple
Escroquerie313-1Phishing, fraude au président
Extorsion312-1Rançongiciel
Usurpation d'identité numérique226-4-1Faux profil, usurpation de compte
Atteinte au traitement de données personnelles226-16 à 226-24Traitement sans respect des formalités, détournement de finalité — 5 ans et 300 000 €
Atteinte au secret des correspondances226-15Lecture des mails d'un salarié hors cadre légal
ContrefaçonL335-2 CPIVoir la fiche Propriété intellectuelle

Un même incident cumule souvent plusieurs qualifications : un rançongiciel réunit accès frauduleux, entrave au fonctionnement, modification de données, extorsion, et violation de données personnelles au sens du RGPD.

4. La responsabilité juridique

ContractuelleDélictuellePénale
FondementInexécution d'un contratDommage causé à un tiersInfraction à la loi
ConditionsManquement, dommage, lien de causalitéFaute, dommage, lien de causalitéÉlément légal, matériel, moral
SanctionDommages et intérêts, résolutionDommages et intérêtsAmende, emprisonnement
JuridictionTribunal de commerce ou judiciaireTribunal judiciaireTribunal correctionnel

Elles peuvent se cumuler : une fuite de données peut entraîner simultanément la responsabilité contractuelle envers le client, délictuelle envers les personnes concernées, pénale pour manquement à l'obligation de sécurité, et une sanction administrative de la CNIL.

Responsabilité du commettant (art. 1242 al. 5 du Code civil) : l'employeur répond des dommages causés par ses salariés dans l'exercice de leurs fonctions. Le salarié n'est personnellement responsable que s'il a outrepassé ses fonctions, agi sans autorisation et à des fins étrangères à ses attributions — c'est l'abus de fonctions.

5. La position du technicien

L'administrateur système occupe une place particulière : il dispose techniquement de moyens d'accès très larges, ce qui ne lui donne aucun droit juridique supplémentaire.

Côté prestataire, la responsabilité s'apprécie au regard du contrat : obligation de moyens ou de résultat, périmètre, devoir de conseil, plafond d'indemnisation (voir Contrats et services informatiques). Un plafond de responsabilité n'est pas opposable en cas de faute lourde ou dolosive.

6. Réagir à un incident

  1. Qualifier l'incident et son périmètre.
  2. Préserver les preuves : figer le système, travailler sur copie, horodater (voir PRA, PCA et sauvegardes).
  3. Notifier la CNIL sous 72 h s'il y a violation de données personnelles.
  4. Informer les personnes concernées si le risque est élevé.
  5. Déposer plainte auprès du C3N ou de la BEFTI — c'est ce qui ouvre l'enquête pénale.
  6. Signaler à l'ANSSI si l'organisme est un opérateur essentiel ou important au sens de NIS 2.
  7. Documenter l'ensemble, y compris les incidents non notifiés.

Ne jamais payer une rançon sans analyse : le paiement ne garantit ni la restitution ni l'absence de divulgation, il finance l'activité criminelle, et il peut poser des difficultés au regard des sanctions internationales. La seule réponse fiable reste une sauvegarde immuable testée.

À retenir