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CEJM appliqué — Propriété intellectuelle du numérique

Sommaire

Module CEJM appliqué. À qui appartient le code que tu écris, et ce que tu as le droit d'utiliser dans un projet.

1. La protection du logiciel

En droit français et européen, le logiciel est protégé par le droit d'auteur (art. L112-2 du Code de la propriété intellectuelle), et non par le brevet. Les programmes d'ordinateur « en tant que tels » sont expressément exclus de la brevetabilité ; un brevet n'est envisageable que pour une invention technique dont le logiciel n'est qu'un élément.

Droit d'auteurBrevet
ConditionOriginalité : empreinte de la personnalité de l'auteurInvention nouvelle, inventive, applicable industriellement
FormalitéAucune : protection automatique dès la créationDépôt et examen à l'INPI
DuréeVie de l'auteur + 70 ans20 ans
ProtègeLa forme : code source, code objet, documentation, structureLa solution technique

Point systématiquement attendu : le droit d'auteur protège la forme d'expression, jamais les idées, principes, algorithmes ou fonctionnalités. Réécrire un logiciel depuis zéro pour obtenir les mêmes fonctions n'est pas une contrefaçon — recopier son code source en est une.

La protection étant automatique, la difficulté est la preuve de l'antériorité. Moyens pratiques : dépôt à l'Agence pour la protection des programmes, enveloppe Soleau, horodatage qualifié, historique d'un dépôt Git horodaté (voir Preuve électronique).

Droits accordés à l'auteur :

Exceptions légales au profit de l'utilisateur légitime : copie de sauvegarde, correction des erreurs nécessaires à l'usage, et décompilation strictement limitée aux besoins d'interopérabilité.

2. Qui est titulaire des droits

SituationTitulaire des droits patrimoniaux
Salarié, logiciel créé dans l'exercice de ses fonctions L'employeur, de plein droit (art. L113-9 CPI) — dérogation propre au logiciel
Stagiaire ou alternant Situation ambiguë : prévoir une clause de cession dans la convention
Prestataire indépendant ou ESN Le prestataire, sauf cession écrite au client
Développement personnel hors fonctions Le développeur

La ligne à retenir : salarié → employeur automatiquement ; prestataire → rien n'est automatique. Payer une prestation de développement ne vaut pas acquisition des droits. Il faut une clause de cession écrite, qui précise les droits cédés, l'étendue, la destination, le support et la durée. À défaut, le client peut se retrouver à ne pas pouvoir faire évoluer son propre logiciel par un autre prestataire.

3. Le droit des bases de données

Une base de données bénéficie d'une double protection :

ProtectionObjetConditionDurée
Droit d'auteur La structure : choix et disposition des matières Originalité 70 ans post mortem
Droit sui generis Le contenu, au profit du producteur Investissement substantiel dans la constitution, la vérification ou la présentation 15 ans, renouvelables à chaque nouvel investissement

Le droit sui generis permet au producteur d'interdire l'extraction ou la réutilisation d'une partie substantielle du contenu, ainsi que les extractions répétées de parties non substantielles. C'est le fondement juridique invoqué contre le scraping massif de sites.

Attention à ne pas confondre : les données personnelles contenues dans la base relèvent du RGPD, indépendamment de la protection de la base elle-même. Une base peut être régulièrement protégée et illicite au regard du RGPD.

4. Propriétaire et open source

Logiciel propriétaireLogiciel libre / open source
Code sourceNon communiquéAccessible
ModificationInterditeAutorisée
RedistributionInterditeAutorisée, selon la licence
Modèle économiqueVente de licencesSupport, intégration, services, version entreprise

Confusion à éviter absolument : open source ne veut pas dire domaine public, ni gratuit, ni sans obligations. C'est un logiciel sous licence, dont l'auteur conserve ses droits et impose des conditions. Ne pas les respecter est une contrefaçon, exactement comme pour un logiciel propriétaire.

Les quatre libertés du logiciel libre (Free Software Foundation) : exécuter, étudier, redistribuer, modifier et publier les versions modifiées.

TypeLicencesObligation principale
Permissive MIT, BSD, Apache 2.0 Conserver la mention de copyright et la licence. Le code dérivé peut être propriétaire
Copyleft fort GPL v2, GPL v3 Toute œuvre dérivée distribuée doit être publiée sous la même licence, code source inclus
Copyleft faible LGPL, MPL Le copyleft ne s'applique qu'aux fichiers modifiés, la liaison reste possible depuis du propriétaire
Copyleft réseau AGPL Étend l'obligation à la mise à disposition via un réseau, sans distribution de binaire

Conséquence pratique en projet : intégrer un composant GPL dans un logiciel destiné à être distribué sous licence propriétaire contamine l'ensemble. C'est pourquoi les entreprises tiennent une politique de licences et un inventaire de leurs dépendances — l'audit de conformité open source est devenu un point de contrôle standard lors des rachats d'entreprises.

5. Marques, brevets et noms de domaine

TitreProtègeDépôtDurée
MarqueSigne distinctif : nom, logo, sloganINPI, par classes de produits et services10 ans, renouvelable indéfiniment
BrevetInvention techniqueINPI, examen20 ans
Dessins et modèlesApparence : interface graphique, designINPI5 ans, jusqu'à 25
Nom de domaineAdresse sur InternetAuprès d'un bureau d'enregistrementSelon abonnement

Le nom de domaine n'est pas un titre de propriété intellectuelle : il s'obtient au premier arrivé. Mais il ne doit pas porter atteinte à une marque antérieure. Le cybersquatting (réserver un domaine correspondant à la marque d'autrui) et le typosquatting se règlent par des procédures extrajudiciaires rapides — SYRELI pour le .fr, UDRP pour les domaines génériques. Lien avec le B3 : c'est aussi une mesure de protection de l'identité numérique.

6. La contrefaçon

Contrefaçon = toute reproduction, représentation ou exploitation d'une œuvre protégée sans l'autorisation du titulaire des droits.

Cas courants en informatique : dépassement du nombre de licences acquises (l'audit éditeur est fréquent), réutilisation de code d'un ancien employeur, intégration d'une bibliothèque sans respecter sa licence, copie de la structure d'une base de données.

À retenir