Thème 4 — Comment le numérique transforme l'environnement des entreprises
Sommaire
- 1. Les nouveaux acteurs et les places de marché
- 2. Les relations d'échange : B to B, B to C, C to C, B to G
- 3. L'externalité de réseau
- 4. De nouveaux modèles d'affaires
- 5. Concurrence et régulation des plateformes
- 6. Digitalisation et performance
- 7. Les mutations de l'emploi
- 8. Pour la suite du thème : données et risques
Thème 4, chapitre 1 : la digitalisation fait apparaître de nouveaux acteurs et des externalités de réseau, impose de nouvelles formes de régulation et transforme l'emploi.
1. Les nouveaux acteurs et les places de marché
La transformation numérique repose sur le déploiement sans précédent des TIC (technologies de l'information et de la communication).
- Les acteurs de l'économie numérique sont les entreprises, les ménages (particuliers) et les acteurs publics. Tous sont, plus ou moins intensément, producteurs et/ou utilisateurs de TIC dans leurs échanges.
- Place de marché (marketplace) = lieu virtuel de transactions : une plateforme numérique qui met en relation des consommateurs ou des acteurs publics avec des entreprises, ou des entreprises entre elles.
- Les places de marché sont le pivot d'une économie de plateformes.
2. Les relations d'échange : B to B, B to C, C to C, B to G
Sur Internet, les relations peuvent être marchandes (payantes) ou non marchandes (gratuites). Les relations marchandes se classent en quatre catégories :
| Sigle | Signification | Qui échange ? |
|---|---|---|
| B to B | Business to Business | Deux entreprises |
| B to C | Business to Consumer | Une entreprise et un particulier (ménage) |
| C to C | Consumer to Consumer | Deux particuliers, via un site spécialisé |
| B to G | Business to Government | Une entreprise et une administration publique qui achète son bien ou service |
Astuce : B = entreprise, C = consommateur (particulier), G = administration. On lit toujours « qui vend » to « qui achète ».
3. L'externalité de réseau
Externalité de réseau = externalité positive réciproque créée par la fréquentation d'un site (marchand ou non). Chaque utilisateur augmente la notoriété et l'attractivité du réseau, ce qui incite d'autres utilisateurs à le rejoindre.
Conséquence : plus il y a d'utilisateurs, plus le réseau a d'intérêt (effet collectif). C'est ce qui explique pourquoi quelques plateformes deviennent très grosses : les nouveaux venus vont là où sont déjà les autres.
4. De nouveaux modèles d'affaires
Modèle d'affaires = la manière dont une entreprise crée de la valeur et fournit un bien ou un service à ses clients.
- Accélération de la création de valeur : dans une économie de plateformes, la digitalisation optimise les processus (notamment les relations avec les parties prenantes) et accélère la création de valeur, qui assure la rentabilité, condition de la pérennité de l'entreprise.
- Économie de l'usage : on vend l'usage d'un bien (en disposer quand on en a besoin), pas sa propriété. Le consommateur paie la valeur d'usage. Le modèle propose des solutions intégrées de biens et de services, dans une logique de développement durable.
- Économie collaborative : fondée sur la mutualisation et l'échange de services, de ressources, de biens, de temps, de savoirs et de compétences entre différents acteurs.
5. Concurrence et régulation des plateformes
Les outils classiques du droit de la concurrence deviennent obsolètes dans une économie de plateformes. Les plateformes bouleversent le jeu concurrentiel, mais le bilan n'est pas uniquement négatif :
| Risques | Opportunités |
|---|---|
| Certains acteurs, par leur taille, ont un pouvoir de marché qui menace la concurrence, au détriment des consommateurs (prix, qualité) et des concurrents. | Les plateformes permettent de comparer produits, services et prix, et facilitent l'arrivée de nouveaux entrants, ce qui limite le pouvoir de marché de chacun. |
Pourquoi la régulation est compliquée : les acteurs du numérique sont de taille mondiale, ont des activités multiples et une organisation complexe. Il faut à la fois renforcer leurs effets positifs et lutter contre leurs effets négatifs, encore faut-il identifier les contours de leur activité (notamment leurs profits).
- Chaire Gouvernance et régulation (Université Paris-Dauphine, 2018, « Disruption numérique et régulation ») : les enjeux de la régulation des plateformes sont à la fois sociétaux, économiques et concurrentiels (données personnelles, liberté d'opinion, non-discrimination, liberté de choix, prix, emplois, taxation).
- G7 de 2019 (présidence française) : le numérique sous l'angle du droit de la concurrence est inscrit comme priorité.
- L'Autorité de la concurrence française a lancé avec son homologue allemande, le Bundeskartellamt, un projet commun sur les algorithmes.
6. Digitalisation et performance
Digitalisation = introduction puis développement du numérique à toutes les étapes de la création de valeur. Elle se traduit par une automatisation croissante des échanges d'informations dans les entreprises, l'économie et la société.
Elle favorise la performance de l'entreprise :
- elle automatise les étapes les moins créatrices de valeur → gains de temps et baisse des coûts ;
- elle fluidifie les relations entre services et avec les partenaires (clients, fournisseurs), facilite l'intégration des nouveaux salariés, améliore la veille et le suivi des indicateurs de performance ;
- yield management = politique de prix différenciée et dynamique, selon l'écart entre l'offre et la demande à un moment donné (ex. : billets de train ou d'avion). Elle optimise la répartition des frais fixes et donc la marge.
Elle améliore la productivité et la croissance : les investissements matériels (équipements informatiques) et immatériels (logiciels, formation) sont sources de croissance, et une informatique bien maîtrisée améliore la productivité du travail, moteur essentiel de la croissance.
7. Les mutations de l'emploi
| Révolution industrielle | Caractéristique |
|---|---|
| 1re | Mécanisation |
| 2e | Production de masse |
| 3e | Automatisation |
| 4e | « Usine connectée » |
- Usine connectée = ensemble interconnecté de machines, de systèmes ERP et de produits. Elle produit à la fois des biens personnalisés et des services associés, dans tous les secteurs.
- Industrie du futur (France) : maintenir une industrie forte, innovante et créatrice d'emplois. Ce sont surtout les gestes métier les plus routiniers qui disparaissent.
- Travail 4.0 : résoudre des problèmes de disponibilité, de sécurité et de qualité de l'information, ce qui exige une montée en qualification (systèmes, infrastructure IT, logiciels, sécurité des données).
Polarisation de l'emploi : le marché du travail se sépare en deux pôles qui progressent, pendant que le milieu recule.
- ▲ Emplois peu qualifiés et non routiniers : en hausse (ex. : services à la personne).
- ▼ Emplois « intermédiaires » : en baisse, car leurs tâches routinières sont automatisées.
- ▲ Emplois hautement qualifiés : en hausse (ingénierie des systèmes, infrastructure IT, logiciels, sécurité des données).
Autres effets : transfert d'une partie des tâches vers l'utilisateur final, concurrence de non-professionnels (ex. : Airbnb face à l'hôtellerie).
8. Pour la suite du thème : données et risques
Notions déjà vues ou à venir dans le thème, détaillées dans d'autres fiches :
- RGPD (règlement européen, d'application directe) : voir RGPD et gouvernance et Données personnelles et RGPD.
- NIS 2, DMA, DSA, AI Act : voir Régulation du numérique.
- Shadow IT : usage d'outils non validés par la DSI → risque de fuite de données.
- Dépendance fournisseur (vendor lock-in) : d'où l'importance de la clause de réversibilité.
À retenir
- TIC = technologies de l'information et de la communication
- Place de marché = plateforme numérique qui met en relation acheteurs et vendeurs (marketplace)
- Économie de plateformes = économie organisée autour des places de marché numériques
- B to B = échange entre deux entreprises
- B to C = échange entre une entreprise et un particulier
- C to C = échange entre deux particuliers via un site spécialisé
- B to G = vente d'une entreprise à une administration publique
- Externalité de réseau = plus il y a d'utilisateurs, plus le réseau a de valeur pour chacun
- Modèle d'affaires = façon dont l'entreprise crée de la valeur et sert ses clients
- Économie de l'usage = on paie l'usage d'un bien, pas sa propriété
- Économie collaborative = mutualisation et échange de biens, services, temps et savoirs
- Pouvoir de marché = capacité d'un acteur dominant à imposer prix et conditions
- Digitalisation = numérique introduit à toutes les étapes de la création de valeur
- Yield management = prix dynamiques selon l'écart entre offre et demande
- Usine connectée = machines, ERP et produits interconnectés (4ᵉ révolution industrielle)
- Industrie du futur = programme français pour une industrie forte et innovante
- Travail 4.0 = gérer disponibilité, sécurité et qualité de l'information
- Polarisation de l'emploi = hausse des emplois peu et très qualifiés, recul des emplois intermédiaires
- Autorité de la concurrence = institution française qui régule la concurrence