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Active Directory — sécurisation et audit

Sommaire

Un annuaire mal sécurisé, c'est tout le système d'information mal sécurisé. Cette fiche rassemble les mesures à appliquer une fois le domaine en place.

1. Les comptes à privilèges

Le principe fondateur est le moindre privilège : chacun ne dispose que des droits nécessaires à sa fonction, et rien de plus.

RègleMise en œuvre
Un compte nominatif par administrateur Pas de compte admin partagé : sans nominatif, aucune traçabilité possible
Deux comptes par administrateur Un compte standard pour la bureautique et la messagerie, un compte adm-prenom pour l'administration
Jamais de navigation ni de messagerie avec un compte à privilèges C'est le vecteur numéro un de compromission d'un domaine
Renommer et désactiver le compte Administrateur intégré Son SID se termine toujours par -500 : il est identifiable, mais le renommer ralentit les attaques automatisées
Limiter les Admins du domaine Deux ou trois comptes, pas davantage. Chaque ajout doit être justifié et tracé
Authentification multifacteur Sur les comptes d'administration, dès que l'infrastructure le permet

Le scénario d'attaque classique tient en trois étapes : un administrateur consulte ses mails avec son compte à privilèges, ouvre une pièce jointe piégée, et le code malveillant s'exécute avec les droits Admins du domaine. Le domaine entier est compromis en une pièce jointe. La séparation des comptes est la parade la plus efficace, et elle ne coûte rien.

2. Les comptes de service

Un compte de service fait fonctionner une application : sauvegarde, supervision, base de données. Il ne correspond à aucune personne.

RèglePourquoi
Un compte par serviceUne compromission n'en affecte qu'un
Nommage explicite : svc-urbackupOn sait immédiatement à quoi il sert
Moindre privilège strictUn compte de sauvegarde n'a pas besoin d'être Admin du domaine
Interdiction d'ouvrir une session interactiveOnglet Compte > Se connecter à, ou par GPO
Mot de passe long et aléatoireIl n'est jamais tapé à la main
Cocher Le mot de passe n'expire jamaisSinon le service tombe sans prévenir — à compenser par une rotation documentée

Sur les versions récentes de Windows Server, les comptes de service administrés de groupe (gMSA) règlent le problème du mot de passe : Active Directory le gère et le change automatiquement, et personne ne le connaît.

3. Séparer les niveaux d'administration

Le modèle en niveaux (tiering) empêche qu'une compromission de poste utilisateur ne remonte jusqu'aux contrôleurs de domaine.

NiveauPérimètreRègle
Tier 0Contrôleurs de domaine, AD, PKIComptes dédiés, jamais utilisés ailleurs
Tier 1Serveurs applicatifs et de fichiersComptes propres, sans droit sur le Tier 0
Tier 2Postes de travailSupport de proximité, sans droit sur les serveurs

La règle d'or : un compte d'un niveau ne s'utilise jamais pour ouvrir une session sur une machine d'un niveau inférieur. Sinon son empreinte reste en mémoire sur cette machine, et un attaquant qui contrôle un simple poste récupère des identifiants d'administrateur du domaine.

Mise en œuvre pratique par GPO, dans Configuration ordinateur > Paramètres Windows > Paramètres de sécurité > Stratégies locales > Attribution des droits utilisateur : paramètres Interdire l'ouverture de session locale et Interdire l'ouverture de session par les services Bureau à distance, appliqués aux groupes d'administration des autres niveaux.

4. Activer la journalisation

Par défaut, AD journalise peu. Il faut activer explicitement ce qu'on veut tracer, dans une GPO liée à l'OU Domain Controllers.

Chemin dans l'éditeur :

Configuration ordinateur
└── Stratégies
    └── Paramètres Windows
        └── Paramètres de sécurité
            └── Configuration avancée de la stratégie d'audit
                └── Stratégies d'audit
CatégorieCe qu'elle trace
Connexion de compteAuthentifications Kerberos réussies et échouées
Gestion des comptesCréation, modification, suppression de comptes et de groupes
Accès au service d'annuaireModifications d'objets AD
Accès aux objetsAccès aux fichiers, si l'audit est posé sur le dossier
Suivi détailléCréation de processus

Événements à surveiller en priorité :

IDSignification
4624Ouverture de session réussie
4625Échec d'ouverture de session
4720Création d'un compte
4728 / 4732Ajout d'un membre à un groupe
4740Verrouillage d'un compte
4768 / 4769Demande de TGT / de ticket de service Kerberos

Journaliser ne sert à rien si personne ne lit les journaux. Deux mesures rendent l'audit réellement utile : centraliser les journaux sur un serveur distinct — un attaquant qui compromet un DC efface ses traces locales — et définir quelques alertes sur les événements critiques, en particulier tout ajout au groupe Admins du domaine.

Penser aussi à augmenter la taille du journal Sécurité (Observateur d'événements > clic droit sur Sécurité > Propriétés) : la valeur par défaut est atteinte en quelques heures sur un contrôleur actif, et les événements les plus anciens sont écrasés.

5. La revue des habilitations

Les droits s'accumulent : un utilisateur change de service, garde ses anciens accès, en reçoit de nouveaux. Au bout de quelques années, plus personne ne sait qui a accès à quoi. C'est ce qu'on appelle la dérive des habilitations.

ContrôleFréquence
Membres des groupes d'administrationMensuelle
Comptes inactifs depuis plus de 90 joursTrimestrielle
Comptes dont le mot de passe n'expire jamaisTrimestrielle
Droits sur les partages sensiblesSemestrielle
Revue complète avec les responsables de serviceAnnuelle

Procédure de départ d'un salarié, à écrire et à suivre :

  1. Désactiver le compte — clic droit > Désactiver le compte — plutôt que le supprimer.
  2. Le déplacer dans une OU Comptes désactivés, sans GPO.
  3. Retirer les appartenances aux groupes.
  4. Renseigner la description : date et motif.
  5. Conserver le compte quelques mois : il porte les droits sur ses fichiers. Le supprimer transforme les ACL en SID non résolus.
  6. Supprimer définitivement après la période convenue.

6. Sauvegarder l'annuaire

La sauvegarde d'un contrôleur de domaine porte un nom précis : la sauvegarde de l'état du système (System State). Elle contient l'annuaire, SYSVOL, le registre et la base des certificats.

  1. Installer la fonctionnalité Sauvegarde Windows Server : Gestionnaire de serveur > Gérer > Ajouter des rôles et fonctionnalités > Fonctionnalités > Sauvegarde Windows Server.
  2. Outils > Sauvegarde Windows Server > Sauvegarde locale.
  3. Planifier une sauvegarde > Personnalisé > Ajouter des éléments > cocher État du système.
  4. Choisir la destination : un volume dédié, idéalement hors de la machine.

Deux points qui font la différence :

Activer également la corbeille Active Directory, qui permet de restaurer un objet supprimé sans restaurer toute la base : Centre d'administration Active Directory > clic droit sur le domaine > Activer la Corbeille. L'opération est irréversible et exige un niveau fonctionnel 2008 R2 minimum — mais elle évite bien des restaurations complètes.

7. Liste de contrôle

PointFait
Au moins deux contrôleurs de domaine□
Comptes d'administration nominatifs et séparés□
Groupe Admins du domaine réduit au minimum□
Compte Administrateur intégré renommé□
Stratégie de mot de passe conforme□
Verrouillage de compte activé□
Droits attribués via des groupes globaux, jamais nominativement□
Héritage NTFS coupé sur les dossiers de service□
ABE activée sur les partages□
Audit activé et journaux centralisés□
Journal Sécurité redimensionné□
Sauvegarde de l'état du système planifiée et testée□
Corbeille AD activée□
Procédure de départ écrite et appliquée□
Revue des habilitations planifiée□

À retenir