Suites numériques
Sommaire
Module 2 de l'unité U21. Les suites modélisent tout ce qui évolue par étapes : amortissement d'un emprunt, croissance d'un parc, complexité d'un algorithme récursif.
1. Définitions
Une suite numérique (un) est une fonction de ℕ dans ℝ : à chaque rang n elle associe un terme un.
| Mode de définition | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| Explicite | un = f(n) | un = 3n + 2 |
| Par récurrence | u0 donné et un+1 = f(un) | u0 = 2, un+1 = un + 3 |
La forme explicite permet de calculer directement u1000 ; la forme récurrente oblige à parcourir tous les termes précédents. Cette différence de coût est exactement celle qu'on retrouve entre une formule fermée et une boucle en programmation.
2. Suites arithmétiques
Une suite est arithmétique de raison r si l'on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours la même valeur.
| Formule | Usage |
|---|---|
| u(n+1) = u(n) + r | Relation de récurrence |
| u(n) = u(0) + n × r | Forme explicite depuis le rang 0 |
| u(n) = u(p) + (n − p) × r | Forme explicite depuis un rang quelconque |
Exemple : u0 = 5 et r = 3 donne 5, 8, 11, 14… et u20 = 5 + 20 × 3 = 65.
3. Suites géométriques
Une suite est géométrique de raison q si l'on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par la même valeur.
| Formule | Usage |
|---|---|
| u(n+1) = u(n) × q | Relation de récurrence |
| u(n) = u(0) × qn | Forme explicite depuis le rang 0 |
| u(n) = u(p) × qn−p | Forme explicite depuis un rang quelconque |
Exemple : un parc de 400 postes renouvelé avec une baisse de 15 % par an. La raison est q = 1 − 0,15 = 0,85, donc un = 400 × 0,85n. Au bout de 5 ans : 400 × 0,855 ≈ 177 postes.
Piège classique des évolutions en pourcentage : une hausse de 20 % suivie d'une baisse de 20 % ne ramène pas au point de départ. Le coefficient global vaut 1,20 × 0,80 = 0,96, soit une baisse de 4 %.
4. Sommes de termes
| Type | Somme des n + 1 premiers termes |
|---|---|
| Arithmétique | S = (n + 1) × (u0 + un) / 2 nombre de termes × (premier + dernier) / 2 |
| Géométrique (q ≠ 1) | S = u0 × (1 − qn+1) / (1 − q) |
Cas particulier à connaître : 1 + 2 + 3 + … + n = n(n + 1) / 2. C'est cette formule qui donne la complexité en O(n²) d'un tri par sélection ou d'une double boucle imbriquée.
5. Variations et limites
Pour étudier le sens de variation, on regarde le signe de un+1 − un.
- Suite arithmétique : croissante si r > 0, décroissante si r < 0.
- Suite géométrique à termes positifs : croissante si q > 1, décroissante si 0 < q < 1.
Comportement de qn quand n tend vers l'infini :
| Valeur de q | Limite de qn |
|---|---|
| −1 < q < 1 | 0 (la suite converge) |
| q = 1 | 1 |
| q > 1 | +∞ (la suite diverge) |
Une suite est convergente si elle admet une limite finie, divergente sinon.
6. Récurrence et algorithmique
Le raisonnement par récurrence démontre une propriété P(n) pour tout entier n ≥ n0 en deux étapes :
- Initialisation : vérifier P(n0).
- Hérédité : supposer P(n) vraie pour un n quelconque, et démontrer P(n + 1).
C'est le pendant mathématique de la récursivité : le cas de base correspond à l'initialisation, l'appel récursif à l'hérédité. Une fonction récursive sans cas de base boucle indéfiniment, exactement comme une récurrence sans initialisation ne démontre rien.
def suite_geometrique(u0, q, n):
# Version itérative : O(n)
u = u0
for _ in range(n):
u = u * q
return u
def suite_explicite(u0, q, n):
# Version fermée : O(1)
return u0 * (q ** n)
7. Applications
| Situation | Modèle |
|---|---|
| Amortissement linéaire d'un serveur | Arithmétique décroissante |
| Amortissement dégressif, dépréciation d'un parc | Géométrique, q < 1 |
| Intérêts composés, placement | Géométrique, q > 1 |
| Croissance d'une base de données | Géométrique |
| Recherche dichotomique | Division par 2 à chaque étape → O(log n) |
| Doublement de capacité d'un tableau dynamique | Géométrique de raison 2 |
À retenir
- Arithmétique = on ajoute r → u(n) = u(0) + n×r
- Géométrique = on multiplie par q → u(n) = u(0) × qn
- Somme arithmétique = nb de termes × (premier + dernier) / 2
- Somme géométrique = u(0) × (1 − qn+1) / (1 − q)
- 1 + 2 + … + n = n(n+1)/2 → d'où les complexités en O(n²)
- qn → 0 si −1 < q < 1 | → +∞ si q > 1
- Hausse de 20 % puis baisse de 20 % → × 0,96, pas retour au départ
- Récurrence = initialisation + hérédité — l'équivalent du cas de base et de l'appel récursif