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Corpus — L'imitation et le jeu

Sommaire

Second corpus. Il remonte à la source théorique du thème : pourquoi l'imitation produit-elle du plaisir, et que reste-t-il du jeu quand on devient adulte.

1. Composition du corpus

DocRéférenceNatureAngle
1Aristote, Poétique, vers 335 av. J.-C.Traité philosophiqueL'imitation comme instinct et comme plaisir
2Orianne Papin, « C'était pour du beurre »Poème contemporainLe jeu d'enfant, où le faux est vécu pour de vrai

2. Aristote, la Poétique

Les deux causes naturelles de la poésie

Aristote fait naître l'art de composer de la poésie de deux causes, toutes deux naturelles :

  1. Les êtres humains sont, dès leur enfance, naturellement enclins à imiter. C'est ce qui les distingue des autres animaux : l'homme est l'être le plus enclin à imiter, et il fait ses premiers apprentissages au moyen de l'imitation.
  2. Tous prennent naturellement plaisir aux imitations et aux représentations.

Le paradoxe des images pénibles

Aristote observe un phénomène révélateur : nous prenons plaisir à contempler des images figuratives réalisées avec exactitude de choses qui, pour elles-mêmes, sont pénibles à voir — l'apparence d'animaux particulièrement hideux, ou des cadavres.

Son explication : comprendre procure un très vif plaisir, non seulement aux philosophes mais aussi aux gens ordinaires, même dotés d'une intelligence limitée. Voir une image donne du plaisir parce qu'en la contemplant, on comprend par déduction ce qu'est chaque élément — « ce personnage-ci, c'est Untel ».

Nuance essentielle, souvent oubliée : si l'on n'a jamais vu le modèle auparavant, ce n'est pas en tant que représentation que l'image plaira, mais en raison du fini de son exécution, de ses couleurs ou d'une autre qualité du même genre. Aristote distingue donc deux plaisirs différents : celui de la reconnaissance et celui de la virtuosité. C'est exactement la distinction utile pour analyser un trompe-l'œil.

De l'instinct à l'art

Étant donné l'instinct naturel pour l'imitation ainsi que pour la mélodie et le rythme, ceux qui étaient à l'origine les plus doués firent peu à peu des progrès et donnèrent naissance à la composition poétique à partir de leurs improvisations.

La poésie se subdivisa ensuite selon le caractère propre à chacun : les plus distingués représentaient des actions admirables, celles de gens comme eux ; les plus vulgaires, celles de gens moralement inférieurs. C'est l'origine de la distinction entre tragédie et comédie.

3. Orianne Papin, « C'était pour du beurre »

Ce que dit le poème

La voix poétique se souvient d'une enfance où elle fut tour à tour mère, homme, tigre — et où, à chaque fois, elle l'était. La formule revient comme un refrain : « quand j'étais mère / j'étais ».

Vers-clé : « Le jeu n'existait pas. » Il n'y avait que « notre infini / possible d'être / instinctivement / tout ».

Suit une énumération de tout ce dont on change en jouant : d'âge, de métier, de prénom, de langue maternelle, de voix, d'adresse, de sexe, d'espèce — plus que pendant tout le reste de la vie.

Les deux façons de jouer

Jouer pour de vraiFaire semblant
« si on jouait on le vivait »Les « mauvaises mères » qui bercent tendrement leur poupée
« si on vivait c'était jusqu'au bout de tout »… puis la jettent à terre au premier appel du goûter
Engagement total dans le rôleSortie du rôle sans transition

Il existe même une règle : on pouvait passer de jongleur à pilote de ligne, « il fallait juste / d'abord démissionner ». Le jeu a ses procédures, comme le monde adulte.

La formule finale

Quand la vraie vie n'était pas tout à fait comme on l'aurait voulue, on disposait, après coup, de cette parole formidable : « c'était pour du beurre ».

Cette formule est un dispositif d'annulation rétroactive : elle permet de décider, après l'événement, qu'il n'a pas vraiment eu lieu. Le faux devient ici un refuge contre le réel décevant — pas une tromperie d'autrui, mais une négociation avec soi-même.

4. Confronter les deux documents

AristotePapin
Nature du texteTraité théorique, IVe siècle av. J.-C.Poème en vers libres, contemporain
Position de l'imitationInstinct naturel, propre à l'hommeÉvidence de l'enfance, perdue ensuite
Source du plaisirComprendre, reconnaître, admirer l'exécutionÊtre, totalement, sans distance
Rapport au réelL'imitation représente le réelLe jeu remplace le réel
Distance critiquePrésente : on sait qu'on regarde une imageAbsente : « le jeu n'existait pas »

Point de convergence : les deux textes font de l'imitation quelque chose de premier, d'antérieur à toute éducation. Aristote le dit du genre humain, Papin le vit dans l'enfance.

Point de divergence : chez Aristote, l'imitation suppose un écart entre le modèle et l'image, et c'est cet écart qui produit le plaisir de la reconnaissance. Chez Papin, l'écart a disparu — l'enfant ne joue pas au tigre, il est tigre. On retrouve la distinction établie dans le premier corpus entre le spectateur de magie et Don Quichotte, mais cette fois sans connotation pathologique : ici, l'absence de distance est un état enviable, perdu.

5. Comment les mobiliser

À retenir