Active Directory — architecture
Sommaire
Comment l'annuaire est stocké, répliqué et structuré. C'est la partie qui explique les décisions d'architecture et les points de sécurité.
1. Les contrôleurs de domaine
Un contrôleur de domaine est un serveur promu pour gérer un domaine Active Directory. Ses rôles :
- Authentifier les utilisateurs et les ordinateurs ;
- Identifier les objets de l'annuaire ;
- Appliquer les stratégies de groupe ;
- Stocker une copie complète de l'annuaire.
Le premier DC créé donne naissance au premier domaine, à la première forêt et au premier site. Sans contrôleur de domaine, le domaine devient inutilisable.
Le contrôleur en lecture seule (RODC)
Un RODC (Read-Only Domain Controller) héberge une copie de l'annuaire en lecture seule, avec mise en cache d'une sélection de comptes. Il se déploie sur les sites distants où la sécurité physique est faible : il permet l'authentification locale tout en limitant l'impact d'une compromission, puisqu'un attaquant n'y trouve ni l'annuaire complet ni les empreintes de tous les comptes.
2. La base NTDS.dit
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Emplacement par défaut | C:\Windows\NTDS\ntds.dit |
| Présence | Sur chaque contrôleur de domaine |
| Contenu | Toutes les données de l'annuaire, empreintes de mots de passe comprises |
| Consultation | Possible hors ligne avec des outils spécifiques |
Conséquence de sécurité majeure : voler une sauvegarde de NTDS.dit revient à voler l'annuaire entier, exploitable hors ligne, sans jamais toucher au réseau de production. C'est pourquoi les sauvegardes de contrôleurs de domaine se chiffrent et s'isolent, et pourquoi obtenir un accès administrateur sur un DC équivaut à la compromission complète du domaine. Sur ce constat repose toute la gestion des comptes à privilèges.
3. La réplication
- Au moins deux contrôleurs pour la disponibilité et la continuité de service.
- Chaque DC conserve une copie identique de l'annuaire, répliquée régulièrement.
- Un numéro de version par attribut permet de détecter les changements.
- Les requêtes se répartissent entre les DC, ce qui améliore les temps de réponse.
Exemple du mécanisme : l'attribut mail de l'utilisateur Florian passe de la version 4 à la
version 5. Lors de la réplication, le DC récepteur compare — s'il détient la version 4, il met à jour ;
s'il détient déjà la 5, il ignore. La réplication est donc différentielle : seuls les attributs
modifiés circulent, pas l'annuaire entier.
La topologie de réplication se consulte dans Sites et services Active Directory
(dssite.msc). Au sein d'un même site, la réplication est quasi immédiate ; entre sites distants,
elle est planifiée pour ménager la bande passante.
4. SYSVOL et NETLOGON
| Partage | Contenu |
|---|---|
| SYSVOL | Les stratégies de groupe et les scripts de connexion. Chemin :
C:\Windows\SYSVOL, accessible par \\nom-du-domaine\SYSVOL |
| NETLOGON | Sous-dossier de SYSVOL destiné aux scripts de connexion, accessible par
\\nom-du-domaine\NETLOGON |
SYSVOL est répliqué entre tous les contrôleurs par DFSR depuis Windows Server 2008, qui a remplacé l'ancien mécanisme FRS des versions 2000 et 2003. DFSR est plus fiable, plus performant et ne réplique que les blocs modifiés.
Ce que cela implique : déposer un script dans NETLOGON sur un DC le rend disponible sur tous les autres, et donc pour tous les postes du domaine, sans configuration supplémentaire.
5. Domaine, arbre et forêt
| Niveau | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Domaine | Frontière d'administration et d'authentification, contenant des OU | gameon.local |
| Domaine enfant | Sous-domaine du domaine racine, avec ses propres utilisateurs et ressources | paris.gameon.local |
| Arbre | Domaine racine + ses sous-domaines, partageant un espace de noms continu | gameon.local avec paris et lyon |
| Forêt | Ensemble d'un ou plusieurs arbres, partageant un schéma commun | Arbre 1 : gameon.local — Arbre 2 : autremarque.local |
FORÊT
├── ARBRE 1 : gameon.local
│ ├── paris.gameon.local
│ └── lyon.gameon.local
└── ARBRE 2 : autremarque.local
└── dev.autremarque.local
Le découpage en sous-domaines sert les entreprises multi-sites : il segmente la gestion et la sécurité. Les relations entre domaines s'appellent des relations d'approbation ; au sein d'une même forêt, elles sont créées automatiquement, bidirectionnelles et transitives.
Point de sécurité déterminant : la forêt, et non le domaine, est la véritable frontière de sécurité. Deux domaines d'une même forêt partagent le schéma et se font mutuellement confiance ; compromettre l'un met l'autre en danger. Pour isoler réellement deux entités — par exemple après un rachat — il faut deux forêts distinctes.
6. Schéma et partitions
Le schéma
Le schéma définit l'ensemble des classes et attributs disponibles. C'est la base commune de tout annuaire AD. Il est évolutif : certaines applications l'étendent, Exchange par exemple, en ajoutant de nouveaux attributs aux objets utilisateur.
Sa modification est réservée au groupe Administrateurs du schéma. C'est une opération irréversible et globale à la forêt : on n'y touche pas à la légère.
Les partitions
| Partition | Contenu | Portée |
|---|---|---|
| Schéma | Définitions des classes et attributs | Unique dans la forêt |
| Configuration | Topologie : domaines, sites, contrôleurs | Forêt |
| Domaine | Objets du domaine : utilisateurs, groupes, ordinateurs | Une par domaine créé |
| Application | Données applicatives, dont les zones DNS intégrées | Variable |
Le catalogue global est une copie partielle, en lecture seule, de tous les objets de tous les domaines de la forêt. Il ne contient que les attributs les plus consultés, ce qui permet de répondre rapidement à une recherche portant sur l'ensemble de la forêt sans interroger chaque domaine.
7. Le niveau fonctionnel
Le niveau fonctionnel définit les fonctionnalités AD disponibles dans un domaine ou une forêt. Il correspond à une version de Windows Server et garantit la compatibilité avec les contrôleurs les plus anciens.
| Principe | Conséquence |
|---|---|
| Défini à la création du domaine | Un domaine créé sous Windows Server 2025 peut monter jusqu'à ce niveau |
| Limité par le DC le plus ancien | DC1 en 2012 R2 + DC2 en 2016 → niveau maximum 2012 R2 |
| Bloque les DC trop anciens | Niveau 2016 → impossible d'ajouter un DC en 2012 R2 |
| Débloque des fonctionnalités | La corbeille Active Directory exige le niveau 2008 R2 minimum |
| Deux portées | Niveau de domaine et niveau de forêt |
Règle d'ordre : le niveau de forêt doit être inférieur ou égal aux niveaux de domaine. On augmente donc d'abord les domaines, puis la forêt. Le niveau de forêt est le plus critique.
Pour le consulter ou l'élever : Gestionnaire de serveur > Outils > Domaines et approbations Active Directory > clic droit sur le domaine > Augmenter le niveau fonctionnel du domaine. Pour la forêt, clic droit sur Domaines et approbations Active Directory à la racine.
L'opération est à sens unique depuis l'interface graphique : on ne peut pas redescendre. Un retour arrière n'est possible qu'en PowerShell, sous conditions strictes et sur des versions récentes. Avant d'élever un niveau, on vérifie donc qu'aucun contrôleur ancien ne devra être ajouté par la suite.
À retenir
- Le premier DC crée le premier domaine, la première forêt, le premier site
- RODC = contrôleur en lecture seule, pour les sites distants peu sécurisés
- NTDS.dit = toute la base ; la voler, c'est voler l'annuaire entier
- Admin sur un DC = compromission complète du domaine
- Minimum 2 DC pour la disponibilité ; réplication différentielle par numéro de version
- SYSVOL = GPO + scripts, répliqué par DFSR (avant 2008 : FRS)
- NETLOGON = sous-dossier de SYSVOL pour les scripts de connexion
- Arbre = racine + sous-domaines | forêt = ensemble d'arbres
- La forêt est la vraie frontière de sécurité, pas le domaine
- Schéma unique dans la forêt ; catalogue global = copie partielle de toute la forêt
- Niveau fonctionnel limité par le DC le plus ancien ; domaines avant forêt
- Élever un niveau est irréversible en interface graphique